Ma vision du jeu vidéo

 

Moi les jeux vidéo, c’est comme Obélix et la potion magique : je suis tombé dedans tout petit.

Mais heureusement à la différence de mon compatriote dessiné portant bien menhirs et braies bleues rayées blanc, j’ai le droit d’en reprendre quand ça me chante, et c’est plus que très souvent depuis que j’ai commencé à bouger une petite barre blanche – qui à l’époque n’avais aucun mal à se faire passer pour une raquette de tennis – car le fun était bien là et l’imagination faisait le reste.

Les technologies du jeu vidéo changent la vie!

Au fil des années qui suivirent je ne cessais de m’émerveiller au fur et à mesure que les technologies s’affinaient, et que de nouveaux genres de jeux déboulaient, jusqu’au tournant majeur qu’a été la fin des années 90, où le jeu vidéo a commencé à sortir du cul-de-basse-fosse dans lequel les gens « sérieux » le rangeaient depuis toujours, et où l’image d’Épinal du gamer – personnage asocial et sans avenir, boutonneux de surcroît – commençait à laisser la place à quelque chose de beaucoup plus hype, voire même tendance !

N’en déplaise à certains, c’est la petite boite grise made in Sony qui a largement contribué à ce revirement, non seulement parce qu’elle ne dépareillait pas dans un salon au côtés du lecteur de DVD familial, mais surtout parce qu’elle a démocratisé la 3D dans les foyers, avec non seulement des titres que l’on ne pouvait pas suspecter d’être pour gamins attardés, mais qui en plus allaient largement puiser leur inspiration visuelle dans le cinéma, média respectable et populaire s’il en est.

mario pleure

Les vieux se font détrôner place aux nouveaux jeux

Et plus rapidement qu’il ne faut pour dire sameplayershootagain tout le monde jouait, et Mario, Sonic ou Link se faisaient détrôner de leur piédestal d’icônes du jeu vidéo par une aventurière globe-trotter pulpeuse (bien qu’avec les seins en pointes) préférant porter un justaucorps moulant sans manches et un petit short plutôt qu’un feutre et un fouet, des commandos obligés d’aller actionner un mécanismes caché au fond d’une piscine à l’eau pas très claire pour pouvoir enfin débloquer la porte des toilettes du rez-de-chaussé – tandis que des hordes de zombies et autres saloperies gluantes faisaient rien qu’à les embêter à tous les étages d’un manoir avec plus de chambres d’amis que la Playboy Mansion de Hugh Heffner -, ou encore une bande d’ados menée par un blondinet arborant une coupe de veuch’ toute en piques, coursant de par le monde (en se déplaçant de préférence sur le dos d’un gros poulet) un grand gaucher tout de cuir noir vêtu trimballant une lame de deux fois sa taille afin de l’empêcher de détruire la planète.

Racontons des histoires grâce aux jeux

Soudain, le grand public découvrait que le jeu vidéo avait la capacité de raconter une histoire, une vraie (fut-elle digne d’un scénar poilant de série Z dans certains cas) et d’immerger quiconque s’y plongeait comme aucun autre média, puisque lui était interactif.

J’avoue qu’à cette époque j’étais aux anges ! Non seulement le jeu vidéo commençait à être reconnu comme un divertissement enfin respectable, mais beaucoup découvraient aussi que les bons jeux étaient le fruit de vrais créateurs bourrés de talent et toujours motivés par l’envie d’emmener l’autre dans un ailleurs plus fun que notre banale réalité.

Et on prenait souvent de belles baffes à l’époque, d’autant plus que dans certains cas la 3D rendait désormais possible le développement de concepts qui n’auraient pas fonctionné aussi bien en 2D. Bien sûr les débuts du polygone manquaient de charme comparé aux superbes sprites dessinés main, notamment à cause de leurs arrêtes tranchées, mais à l’époque il suffisait de sortir Tekken 2 lors d’une soirée pour que tout le monde oublie jusqu’au nom de Street Fighter (à part une inévitable brochette de ronchons/puristes, qui de toute façon n’a toujours pas digéré aujourd’hui l’arrivée de la 3D puisque ça plait aux masses).

Donc ça y était : le jeu vidéo enfin reconnu comme un média de divertissement avec lequel compter, et une industrie – aux budgets parfois aussi élevés que celui du cinéma – en train de se révéler plus profitable que ce dernier en termes de revenus.

C’était il y a un peu plus de quinze ans et depuis l’industrie du JV est devenue la machine que l’on connait, se taillant une route de plus en plus large à coups de blockbusters qui aujourd’hui se transforment souvent en licences chiffrées, monopolisant l’attention d’un large public autour de genres « porteurs » – ce qui est une autre façon de dire que les charts sont dominés par les titres dits « Triple A », qui bénéficient bien souvent d’une campagne de promotion marketing qui peut coûter à elle seule le tiers du budget alloué au développement du projet.

Le marketing du jeu vidéo est allé trop loin?

Non pas que je m’en plaigne (d’autant plus que je suis un des premiers à m’en goinfrer) – il se passe la même chose avec le cinéma et on a souvent des résultats excitants, voire des perles parfois (dis m’sieur McTiernan, tu veux pas nous refaire un Die Hard ?) – et c’est devenu, si je peux me permettre l’expression, la règle du jeu. Mais cette domination de grosses productions calibrées de longue date pour être avant tout des succès commerciaux instantanés fait immanquablement de l’ombre à des titres soit plus modestes, soit plus audacieux et donc parfois moins faciles d’accès, et ça c’est dommage car ça peut avoir tendance à laisser penser que JV rime avec formaté, ce qui n’est pas totalement faux maintenant que les capitaux injectés dans les « gros jeux » impliquent une prise de risque minimale pour maximiser le retour sur investissement.

Bien entendu, beaucoup de jeux méritent leur anonymat – quand ce n’est pas carrément les oubliettes -, mais beaucoup d’autres sont de petites merveilles qui ont juste eu la malchance de sortir sans grosse promo au milieu d’une flopée de triples A, et avaient par conséquent peu de chances d’attirer l’attention, que ce soit en version solide ou dématérialisée. Dans le meilleur des cas certains gagneront avec le temps une réputation de must-play grâce à un efficace bouche-à-oreilles (Ico ou Limbo, par exemple), mais pour une poignée de ces derniers, combien auront purement été relégués eux aussi aux oubliettes alors qu’ils méritaient tellement mieux ?

shadows tale

Ne me méprenez pas, il ne s’agit pas de faire de l’angélisme en pestant parce qu’un Shadow’s Tale, un Child of Eden ou un Catherine ne rencontre pas un succès équivalent à celui de chaque nouvelle itération de Fifa ou Call of Duty, mais c’est aussi avec ces titres que le jeu vidéo montre sa diversité et sa capacité à titiller l’imaginaire tout autant que l’envie de jouer, et que certains nous rappellent que la poésie, le trash, le merveilleux, la dérision, l’absurde et que sais-je encore, puisqu’il n’y a vraiment pas de limites (un peu tout ce qui nous sort de notre triste quotidien, et avec panache !) multiplient les chances pour le jeu vidéo de vraiment devenir LE dixième art, avec ses blockbusters, ses séries B, ses jeux d’auteurs et ses nanars.

Et par conséquent il est nécessaire quand on a la chance de pouvoir communiquer autour de la passion du jeu vidéo de tourner dès que possible les projecteurs vers ces mal-aimés des hit-parades. Après tout, certains en ont parfois furieusement besoin là où d’autres auront été pensés pour se vendre comme des petits pains, en une des magazines ou pas et de qualité ou non.

Le jeu vidéo on l’aime ou l’on l’aime

Alors voilà, le jeu vidéo je l’aime depuis tout minot, et comme on a grandit ensemble je peux dire qu’on est devenus de beaux gosses (photo de moi en mode Photoshop approved contre simple demande et un bifton de 5€), mais lui continue sa croissance – il la commence à peine en fait – et comme je l’aime toujours plus (sauf quand il me parle de cyclisme) ce sera toujours avec fierté que je continuerai – comme d’autres de mes confrères – à défendre ces petits qui sont aussi des « must du jeu vidéo » et, je l’espère, réussirais peut-être à donner à quelques-uns d’entre vous l’envie de les adopter à votre tour.

Car vous avouerez quand même que ce serait triste que dans dix ans on ne joue plus qu’à se faire la guerre entre deux parties de ballon rond…

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