Hommage Speed Racer

Genre : Inclassable/Chef-d’œuvre lapin compris
Réalisateurs :
Lana et Andy Wachowski
Acteurs :
Emile Hirsch, Susan Sarandon, John Goodman, Christina Ricci, Roger Allam, Matthew Fox, Scott Porter, Rain, Sanada Hiroyuki, Richard Roundtree

speed racer

Editeur : Warner Brothers
Format :
Blu Ray, DVD
Nombre de galettes :
1
Suppléments :
Oui
Date de sortie :
09 mai 2008 (USA), 18 juin 2008 (France)
Public :
toutes celles z’et ceux qui ont une âme d’enfant (et qui ne sont pas daltoniens)
Prix :
actuellement entre 4 et 10 € en cherchant un peu, alors à ce prix là, moi si j’étais vous…
Site officiel
Temps de lecture estimé :
bitch, please…

 

 

Avant-propos à rajouter sur l’ardoise du temps de lecture estimé

J’avais à l’origine l’intention de lancer les chroniques de films, dans cette zone fourre-tout qu’est ANFSCD, avec une série de papiers revenant sur les cinq films qui ont – à mon sens bien sûr – révolutionnés les codes du cinéma d’action, mais j’ai en définitive choisi de commencer avec Speed Racer pour deux raisons : déjà parce que c’est un film dont je suis viscéralement amoureux, et surtout parce qu’il représente pour moi l’archétype du film brillant, maitrisé et surtout absolument sincère que 1) certains ont mal ou pas du tout découvert, et donc une séance de rattrapage pourrait leur apporter de bonnes surprises 2) d’autres adorent conspuer au nom d’un « bon goût reconnu », avec un air entendu de « tu vas quand même pas me dire que tu trouves ça bien (hou les cornes) ?! ».

Bon ben je répond « si » et comme il faut vraiment que je me sorte ça du système je vais tenter, tel Alain De Greef essayant d’expliquer au CSA pourquoi enculer un mouton c’est rigolo, de démontrer que Speed Racer est un très grand flim (et j’espère bien y arriver sans mettre de petit chapeau).

speed racer anime

All drivers to your cars please, all drivers to your cars

Alors dans un premier temps ami lecteur, si tu ne connais pas Speed Racer je vais t’éviter un petit détour par la case Wikipédia. Il s’agit à l’origine d’un manga consacré à la course automobile intitulé Mach GoGoGo, créé par Yoshida Tatsuo, publié pour la première fois en 1958 chez Shueisha puis décliné en animé par le célébrissime studio Tatsunoko de 1967 à 1968.

Les US of A découvrent la série à la même période et après un petit recalibrage pour s’adapter localement (le personnage principal qui se prénomme Go Mifune – un hommage direct à Mifune Toshiro – devient Speed et Racer sera le patronyme de sa petite famille) c’est le carton plein dans un premier temps puis Speed Racer devient carrément culte et fortement ancré dans la culture populaire outre-atlantique (une anecdote amusante au passage : Jon Crier, le Alan de la sitcom Mon Oncle Charlie, est tellement fan qu’il admet volontiers que jouer le rôle de Speed aurait été son Graal).

Assez naturellement (enfin, à Hollywood), la question d’en faire une adaptation filmée devait se poser tôt ou tard et c’est Warner Bros. qui se lance dans une tentative de transposition live dès 1992, déjà sous l’égide du mogul Joel Silver (baissez tous la tête en signe de honte devant la démesure cinématographique faite homme, bande de chiens de Matsumoto !).

Johnny Depp est casté dans le rôle titre, le chanteur Henry Rollins est pressenti pour incarner Racer X – le grand rival de Speed dans la série – et ce sera Julian Temple (La Grande Escroquerie du Rock’n Roll, Absolute Beginners) qui mettra tout ça en boite. Mais pour tout un tas de raisons que je ne listerai pas ici Depp prend le large, le projet est retardé, Temple lâche l’affaire et commence alors une valse de réalisateurs et scénaristes pressentis (même Vince Vaughn s’est intéressé un temps à la question) qui va durer jusqu’à l’année 2006. Oui, ça c’est du development hell ou je ne m’y connais pas…

2006 donc.

Andy Wachowski

Lana et Andy Wachowski sont contactés par la Warner pour essayer à leur tour d’insuffler vie à Speed Racer The Movie après que Joel Silver – qui les connait plutôt un peu, étant le producteur de la trilogie Matrix et de l’adaptation cinématographique du V Pour Vendetta d’Alan Moore – ait expliqué au studio qu’ils cherchaient à réaliser un film qui ne serait pas classé R (pour Restricted, grosso-modo l’équivalent de notre « interdit au moins de 18 ans ») afin de pouvoir toucher un public plus large. Et il vont faire de ce projet maudit…un film maudit, oui, mais tellement flamboyant qu’il se pourrait qu’il ne le reste pas éternellement (maudit, parce que pour le côté flamboyant je ne vois pas de relève avant quelques siècles – ne serait-ce que pour ce qui est des couleurs). L’histoire le dira, en attendant :

go speed racer

Go Speed !! Yay !!

Bien entendu il va être question dans les lignes qui suivent de l’esthétique particulière du film ainsi que de son montage couillu et toujours à propos mais pour bien parler de Speed Racer il me semble pertinent de commencer par les premiers concernés : la famille Racer.

Car Speed Racer, c’est avant-tout une histoire de famille, les Racers, qui partagent la même passion du sport automobile (qui ici symbolise certaines valeurs morales essentielles) et dont l’unité est la vraie force motrice (pun obviously intended) et le ciment de la structure visuelle et narrative du film. Il n’y a qu’à voir la séquence d’ouverture, juste incroyable dans la façon dont elle expose les personnages, leur histoire et les enjeux du film sans avoir l’air d’y toucher, tout en slalomant entre les timelines et en réussissant dans le même temps à rendre instantanément tangible ce monde fait de chromas uppercut-dans-la-rétine (sur fond d’une tonitruante, poignante et percutante partition signée Michael Giacchino).

Personnellement je trouve proprement aberrant que certains critiques à la sortie du film aient évoqué « le non-jeu des acteurs, surtout quand ils sont de la trempe de… ». Non mais ça veut dire quoi, ça ? Que tu n’es plus un bon quand tu n’es pas dans un film « sérieux » ?

Mais c’est justement dans Speed Racer que l’on se rend compte à quel point ils sont tous d’excellents saltimbanques. Comment oublier Susan Sarandon et John Goodman (et sa salopette qui le fait ressembler à Mario…Mario Kart…Merde, voilà un lien qu’il faudra creuser !) dans le rôle de Mom et Pops Racer, tant ils représentent les parents idéaux (une simple larme roule sur la joue de Susan Sarandon et on prend immédiatement conscience du drame que représente le deuil d’une mère – jolie phrase, pas vrai ami lecteur ? Elle n’est pas de moi) : aimants et dévoués, prêts à tout pour leurs enfants ?

Comment ne pas avoir des z’oeils d’énamourés à chaque apparition de Christina Ricci alias Trixie, la frondeuse et fougueuse petite amie de Speed (« hubba hubba ») ?

Comment ne pas waower devant Scott Porter (Rex, le grand frère de Speed) et Matthew Fox (Racer X), tellement ils pètent le charismomètre (ah bon, c’est pas français ?) ?

matthew-fox-racer-x

Et surtout, comment ne pas trembler devant l’immense Roger Allam, dans le rôle du méchant ultime, le très fourbe E.P Arnold Royalton Esquire (« pancakes are love ») !?

Et pis y’a même Richard Roundtree (Shaft !), et notre Melvil Poupaud national (« putain de ta mère il a un flingue ! »), Jesse Ventura et aussi tout plein d’autres encore que je ne listerai pas ici mais à qui je claque une bise au passage.

 

Quant à Emile Hirsch c’est bien simple, il EST Speed, dans toute sa candeur, son innocence puis sa détermination à faire ce qu’il faut pour renverser un système corrompu, et ainsi passer de l’adolescence à l’âge adulte, car oui, Speed Racer c’est aussi l’histoire d’une quête initiatique et d’une rébellion, thématiques chères aux Wachowskis.

So many layers in this movie comme on dit chez moi, à Kuala Lumpur, ce qui me permet d’opérer ici une habile transition car (attention, 3, 2, 1…prêt ?) les Wachowskis ont pensé la réalisation visuelle du film de sorte à obtenir – par un système de couches (layers, pas mal non ?) qui permettrait de mettre l’avant-plan et l’arrière-plan sur le même…plan de netteté – un rendu qui ait l’apparence d’un « animé live ».

Alors c’est sûr, le visuel jusqu’au-boutiste de Speed Racer, ça passe ou ça casse selon qui le visionne, mais force est d’admettre que son look façon WipEout/F-Zero programmé sous acide (si si, c’est possible) est toujours pertinent par rapport à la démarche des réalisateurs, qui démontrent une fois encore qu’ils sont de véritables virtuoses de l’image animée (la base même du cinéma en fait, et d’ailleurs l’hommage à Muybridge lors de la dernière course est bien là pour le rappeler).

michael-bay

Dans Speed Racer les courses sont furieuses et il y a toujours une myriade d’éléments en mouvement dans les plans, qui sont eux-même souvent en mouvement, et parfois même à l’intérieur d’eux-même (c’est pour voir si tu suis). Ça va vite, très très vite et les interactions sont nombreuses, qu’elles soient physiques ou verbales, et pourtant – ça c’est vraiment la marque des grands réalisateurs de films d’action – l’action est constamment d’une lisibilité absolue (je frémis soudain en me demandant ce que Michael Bay ou Brett Ratner auraient fait du projet. Brrrrr…).

Et puis il y a ce concept fou du car-fu c’est-à-dire…du kung-fu de bagnoles… ?

Ouais c’est ça, du kung-fu de bagnoles, lors de courses magnifiées par un montage fluide et organique, d’une perfection rythmique juste hallucinante (là encore, rien que les magistrales 15 premières minutes du film…) et qui épouse toujours au plus juste l’importance des enjeux moteurs (décidément) de chacune des trois grandes courses du film.

Speed Racer est aussi plein de petits clins-d’œil, comme les pilotes qui se répondent d’un plan à l’autre en pleine course (technique narrative typique dans les animés japonais), Royalton qui doit se faire inviter à entrer chez les Racers, tel un vampire, ou un discret mais bien présent portrait d’Edward G. Robinson (célèbre gangster de cinéma) dans la cabine d’un camion, ou encore comme ça vient de me percuter, la tenue de travail de Pops Racer, qui le transforme littéralement en frère jumeau de Mario. Il y en a encore beaucoup mais tu pourras t’amuser à les chercher par toi-même, ami lecteur. Ce qui compte ici c’est que c’est – pour mézigue – une preuve définitive (le diable est dans les détails) qu’on peut reprocher un tas de choses aux Wachowskis, mais certainement pas de prendre leurs spectateurs – et ce quel que soit leur âge – pour des dindons !

Bon, il faut bien aussi aborder les points qui fâchent, et qui étonnamment ne vont pas être forcément les mêmes d’un spectateur à l’autre. Pour certains ce sera une impression « d’excès de couleurs », pour d’autres ce sera la durée, qu’ils jugeront un poil longue, ou le défilé latéral de visages lors des courses, ou Spritle (Paulie Litt) et Chim Chim, le jeune frère de Speed et son pote le chimpanzé…

chim chim

Pour moi c’est une maladresse de montage qui gâche un peu mon plaisir, d’autant plus que c’est lors d’une scène absolument géniale, qui du coup est plombée dans sa quasi-perfection. Pour être plus précis, c’est la scène où Speed vient faire part de sa décision à E.P Royalton, un moment particulièrement intense qui oppose deux visions du monde, joué par deux acteurs à balle, vraiment. Eh bien là, hélas, le montage de cette séquence est mis en parallèle avec une autre où Spritle et Chim Chim foutent le boxon dans les couloirs de la Royalton Industries. Le décalage de ton est tel que ça choque vraiment, et je reste tout étonné de ce choix qui, là pour le coup, donne l’impression que l’on est soudain devant un film fait pour un public qui est encore loin de savoir épeler « pré-pubère ». La présence des deux trublions est certes « justifiée » scénaristiquement au bout d’un moment, mais je continue à trouver qu’on assiste là à un geste prodigieusement malheureux, de ceux qui font subitement apparaître un gros nuage noir au milieu d’un ciel parfait. Pas bien Lana. Pas bien Larry.

Mais bon, 30 secondes de « what in the sweet name of lord is this shit ? » contre 133 minutes (plus les 30 autres secondes qu’il manque pour arriver au total de 134) de « well, slap my ass and call me Judy ! », y a pas de quoi chouiner.

En plus il y a tout plein de Big Speeches (si si tu verras ami lecteur, chacun des protagonistes principaux a UN speech démentiel au cours du film, avec mention spéciale à celui de Mom Racer) et répliques bien senties.

Et j’ai rarement assisté à final de cinéma aussi poignant.

mom racer

A sa sortie, Speed Racer a été jugé comme trop complexe pour un film familial et pas assez mature pour un public âgé. Personnellement, et comme je sais que je suis loin d’être le seul à l’apprécier (Fossoyeur, j’attends ta chronique un de ces quatre-matins), je pense que certains qui ont eu du mal à s’y retrouver – pour quelque raison que ce soit, je ne jette la pierre à personne – lui ont peut-être fait la peau un peu vite auprès de leur entourage (par contre j’ai lu trois très bon papier sur le film, celui-là, celui-ci et celui-là-ci (les deux derniers en anglais, sorry).

Je pourrais continuer à en parler pendant des heures, ami lecteur, mais l’important ici était de ne pas non plus (trop) te spoiler l’innocence de la découverte si tu ne l’as pas vu, et surtout de te donner envie d’aller faire un petit tour en Mach 5 par toi-même.

Ah, et deux petites précisions pour terminer ce papier : d’abord il n’est nul besoin d’aimer la compétition automobile ni de connaître le manga ou l’animé d’origine pour apprécier Speed Racer, et ensuite si tu le regardes en Blu Ray…mamma mia, ce standard a été inventé rien que pour ce film, ça évidence !

Ugh, j’ai dit !

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